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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 10:04

Bien bien bien, ça fait longtemps que je ne suis pas revenu ici. Depuis cinq mois exactement.

 

Depuis tout ce temps, les gens se languissent de ma présence, veulent savoir ce que je fais. Ils me cherchent partout, me traquent, recherchent inlassablement le moindre indice, la moindre information qui eût pu émaner de mes lèvres (ou de mes doigts), rêvant la nuit de ma magnifique vie pleine d'actes et de découvertes.

 

Les gens se roulent par terre de désespoir, boivent de l'alcool à 90°, se balancent du haut de montagnes en hurlant au vent : "que va-t-on faire sans lui ?". On m'attend au coin des rues, la foule est suspendue à ma parole et l'attend comme on attend le messie. Ils ne rêvent que de se jeter sur moi, de m'adorer, d'arracher mes vêtements, d'éponger ma sueur de mille linges pour s'en embaumer, de couper des mèches de mes cheveux pour garder un souvenir. Comme une rock-star, comme un dieu, comme encore beaucoup plus.

 

...Bon bah tout ça c'est fini maintenant, on se calme.

 

 

Faisons un point sur tout ça.

Première chose, Kriek en Japón a fêté ses trois ans. C'est beaucoup. Ou peut-être pas tellement.

 

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Le vieux monsieur habillé en collégienne trouve ça génial. Si si, c'est lui qui me l'a dit. Je crois.

 

 

Deuxièmement, le blog a passé la barre des 2500 visiteurs, pour bientôt 7000 pages consultées. C'est beaucoup. Ou peut-être pas tellement non plus.

 

Mais Kriek me dit de dire qu'il trouve ça bien quand même.

Non pas qu'il vous aime, ne vous faites d'idées, Kriek n'aime personne de toute façon. Mais ça lui plait bien.

 

Voilà. Et c'est à peu près tout ce que j'avais à dire sur ce sujet.

 

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Ah si, je rajoute une photo d'un lion de mer de l'aquarium d'Ôsaka, parce que je trouve ça rigolo les lions de mer.

 

 

 

Ah si, vous vous demandiez peut-être si j'allais continuer à écrire ?

 

Oui.

 

 

...Ah, il faut que je développe ?

 

Oui c'est vrai, je vais me remettre à écrire.

 

Au gré d'un allongement de mon contrat de travail, je suis toujours au Japon jusqu'à Noël, et j'envisage d'y revenir de façon plus permanente, si l'opportunité se présentait en 2012.

 

Mais ces derniers temps, j'ai eu un mal fou à me motiver. À écrire, mais aussi pour un peu tout. Mon boulot m'a pris pas mal de temps et surtout d'énergie, et il me semblait dommage de passer tout mon temps libre à taper devant mon écran. S'occuper du blog avec un tantinet de régularité me semblait dès lors de plus en plus difficile. Et puis pendant quelques temps ça m'était carrément sorti de la tête, j'étais parti faire autre chose, comme par exemple nettoyer la baignoire, ou encore aller acheter un bonnet.

 

Depuis un peu plus d'un mois, je commence à y repenser. Des tas d'idées d'articles ont refait surface. De temps à autre, je me suis souvenu que j'avais un projet d'article à illustrer et j'ai pris une photo. La visite de ma famille en novembre m'a réhabitué à photographier un peu tout ce que je voyais.

 

Fort d'avoir travaillé à faire de belles publicités pleines de couleurs pour mon boulot, j'ai voulu aussi créer des visuels pour ce blog afin de le rendre plus regardable. Car la mise en page actuelle était à l'origine provisoire, mais ça fait maintenant à peu près trois ans qu'elle est provisoire et ça ne fait pas sérieux. J'ai mis mes maigres talents de dessinateur à contribution pour faire des machins rigolos, il faudrait juste que je fabrique mon métriel à partir de ça.

 

 

Bref comme vous le voyez, les idées font leur chemin pour revenir jusqu'ici. De nouvelles notes commenceront donc à arriver prochainement. Ça veut un peu tout dire et rien dire à la fois.

 

C'est à dire pas là tout de suite aujourd'hui, mais dans peu de temps. Pas longtemps. Vite. Oui oui, c'est promis. Oui... aïe, oui, non, pas sur la tête ça fait mal. Aïe.

Par Kriek - Publié dans : Vie du blog - Voir les 0 commentaires
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 14:10

Il y a longtemps déjà, je parlais les yeux pleins d'émotion de mes premiers jours au poste d'enseignant de salon de thé au Japon.

Mais il y a un épisode dont je suis un peu moins fier et que j'ai passé sous silence jusqu'alors : mes premiers pas avec une vraie classe.

 

Il faut remonter à février-mars 2010. J'arrivais alors tout juste à Macao, ville dont je ne savais rien, et où je m'installais avec les difficultés qu'on connaît, pour y faire mon stage de Master 1.

 

Il fallait que je commence les cours à peine deux jours après mon arrivée. J'arrivais alors tout guilleret les mains dans les poches, plein de cet entrain qu'on a les premiers jours en poste, en demandant "Alors par quoi on commence ?"

 

Quelle ne fut pas ma tronche lorsque ma responsable m'annonça tout sourire également : "On t'a chargé de deux classes d'enfants les dimanche."

 

Je n'avais jamais mené un vrai cours avec bouquin-tableau-lecteur de CD, et d'office il fallait que je m'attaque au gros morceau. Voyant en face d'elle ce qui devait être un visage en pleine décomposition et pâle comme un linge, tentative de minimiser la chose : "Mais non ils sont adorables, tu vas voir, tiens d'ailleurs demande à l'enseignante responsable elle va te filer des tuyaux."

 

Deux classes d'enfants hein ?

 

Je vais voir ladite enseignante, très sympathique au demeurant, pour avoir au moins une vague idée d'à quelle sauce on va me bouffer. Car il faut bien le dire, j'ai un peu l'impression qu'on me balance à la fosse aux lions.

 

"T'as déjà enseigné à des enfants ?"

"Non."

"Bon alors qu'est-ce que tu sais faire ?"

"Rien. J'ai pas d'expérience de ce genre."

"Bon alors je te montre. Ceux du matin ils sont rigolos, ce sont les 6-8 ans, ils parlent quelques mots. Ceux de l'après-midi ce sont les 8-11 ans et ils parlent pas trop mal."

Puis passage en revue de la méthode, de ce qu'ils ont déjà fait et de ce qu'il faudrait faire, et des jeux et machins rigolos qu'on a en stock pour amuser la galerie.

 

Finalement ça dédramatisait un peu la chose. Je me suis gardé la journée suivante pour y réfléchir, essayer de préparer quelque chose, et puis je me disais que ma capacité à faire le clown en situation voulue suffirait à combler le reste.

 

Voici quelques morceaux choisis du premier cours, avec annotations. Je vous laisse la version originale en anglais pour plus d'authenticité, les gosses parlant tous couramment cette langue.

 

Je ferai un second article pour le deuxième cours car ça le mérite aussi.

 

 

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J'ai censuré ma bouche, j'ai pas envie qu'on me voie sourire en présence de gamins.

 

Il y avait 6 gosses : quatre éléments perturbateurs (garçons) prêts à mettre le dawah à la moindre seconde d'inattention, un élément contrariant (fille) qui s'obstine à ne rien faire comme les autres, et un élément transparent (fille), souriant et mignon mais désespérément muet quelle que soit la langue employée.

 

 

Moi : [première apparition] Bonjour les enfants !

Classe : ...

Moi : Je m'appelle Pierre. [grand sourire]

Classe : ...

Moi : Ahem. My name is Pierre. Je suis le nouveau professeur. I am the new teacher.

Classe : ... (on entend un très faible "Hello" dans l'assemblée)

Moi : Hello !

Classe : ...

Moi : Bon bah y'a du boulot.

-------- 

 

Gosse A : Teacher teacher ! (Note : toute intervention commençait nécessairement par ce cri perçant)

Moi : Uh ?

Gosse A : Teacher teacher, XXX's nose is bleeding !

Moi : What ? [voyant la scène et la table pleine de sang] Oh f... gosh. Let's fix that.

Gosse B : He's bleeding he's bleeding ! AHAHAHAH so funny. All your blood is going to $£^ù*+:§ [passage abrupt en cantonais suivi d'un grand éclat de rire de la classe]

Moi : Hey on arrête, là. Quit that ! [Au blessé grave] Let me see.

Gosse sanguinolent : Gneu hin hon hon hin (tentative de parler en se bouchant le nez)

Moi : [en catimini] Mais arrête d'essayer de parler bordel, tu en fous plein ma chemise ! [avec une boîte de mouchoirs] OK boy, cripple that tissue and stick it in your nose.

Gosse sanguinolent : No.

Moi : Ooh yes you will.

Gosse sanguinolent : No. (Le gosse prend quand même un mouchoir et le fait mais dit quand même "no" pour la forme.)

Moi : [après avoir essuyé la table] Ok let's continue.

 

Deux minutes moins le quart plus tard, le gosse se retire la mèche du nez.

Gosse sanguinolent : Teacher teacher ! It doesn't bleed anymore ! [prononcé approximativement en refoutant du sang partout]

Moi : ...

 

--------

 

Mais outre ces dérapages bien entendu "normaux" quand on s'occupe de mômes de cet âge, c'est surtout le fameux "élément contrariant", cette gamine pourtant pas si bête que ça mais dotée d'un caractère de cochon, qui foutait en l'air tout mon plan de cours presque à chaque fois. J'étais prévenu mais je ne me doutais pas de l'ampleur de la chose.

 

Gamine : When do we play ?

Moi : Just give me ten minutes. We just finish this and we'll play right after.

(Note : la promesse d'un jeu les dernières 20 minutes, est la condition sine qua none pour retenir un minimum leur attention. Les faire étudier trente secondes de trop serait considéré comme une trahison suprême.)

Gamine : Mmh.

(Trente secondes plus tard).

Gamine : I want to play.

Moi : Just wait a minute.

Gamine : One minute ? Oh cool ! [Les autres gamins commencent aussi à s'exciter à cette annonce]

Moi : Non non non non ! Get back to your seats. I said "wait a minute". Wait a little. A little.

Gamine : I want to play.

 Moi : We'll do for sure.

Gamine : I want to play.

Moi : Later.

Gamine : I want to play.

Moi : ...

 

--------

 

(Plus tard)

Moi : Okay kids, let's do a game.

Classe : YEAAAAAAAAH ! [estimation : 130 décibels]

Gamine muette : Yeepee ! [estimation : 4 décibels]

Moi : Hey hey, quietly. Otherwise I'll go on with the lesson.

Classe : Mgngngngnboring.

Moi : We've studied numbers up to 20, who wants to play bingo ?

Classe : YEAAAAAAAAH ! [estimation : 150 décibels]

Moi : Get back to your chairs ! [phrase prononcée en moyenne 34729 fois par heure de cours]. So draw a grid with nine numbers from 1 to 20. [Les gamins s'éxécutent avec plaisir sauf...]

Gamine : I don't wanna play bingo.

Moi : It'll be fun for sure.

Gamine : I don't wanna play bingo.

Moi : I've asked before. Everybody wants to.

Gamine : I don't wanna play bingo. I want to play cards.

Moi : We've done that last week. [en catimini] Et puis y'a pas marqué La Poste.

Gamine : OK, but I'll say the numbers.

Moi : That's a good deal.

(La gamine se met en place devant la classe)

Moi : Vas-y.

Gamine : [Après un laborieux effort de réflexion] Un.

Classe : I got it !

Gamine : [Effort de réflexion plus intense] Deux.

Autre gosse : Cool that's easy !

Moi : [venant venir le "trois"] How about more difficult ones ?

Gamine : Okay. [réflexion] ... [réflexion] ... [réflexion] Seize.

(Grand blanc.)

Gamine : Seize ?

(Visages déconfits dans l'assemblée.)

Gamine : [en cantonais] Sap luk !

Classe : Yeaaah ! Got it got it !

Moi : [la tête entre les mains] Je veux sortir.

 

Multipliez ce genre de scène par tous les dimanches pendant 3 mois et vous obtiendrez ce à quoi devaient ressembler mes classes.

 

Je crois.

Par Kriek - Publié dans : Travail - Voir les 1 commentaires
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Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 16:20

L'été est arrivé sur Tokyo depuis un bon mois déjà, et c'est avec joie qu'on profite à nouveau de la chaleur brûlante et chargée d'humidité en déversant des litres de sueur.

 

Pour se mettre dans le bain, petite histoire estivale.

 

Ça remonte à juillet 2009, alors que je passais mes derniers jours à Tôkyô.  

 

Je trimballais ma vie dans la galerie marchande d'Asakusa, à la recherche de quelque souvenir rigolo à ramener en France. Je m'étais alors mis en quête d'acheter un porte-monnaie grenouille. Une petite mamie toute racornie mais souriante tenait sa boutique au milieu de tout ce foutoir.

 

Au moment de faire mon achat, elle voit que je parle japonais et commence à tailler la bavette avec moi.

 

On commençait tout juste à discuter, quand tout à coup, elle s'arrête et me toise du regard de haut en bas. Avant de me déclarer, le plus sérieusement du monde : Okyak'sama, fulansujin desho. "Vous, vous êtes français".

 

"Oui, mais que, pourquoi comment qui ça ?", bredouillé-je, mi-perplexe mi-impressionné.

Kakko ja ! "La tenue !", qu'elle me répond dans un grand éclat de rire.

 

Je portais un T-shirt jaune poussin, un short et des grosses tongs Mephisto à ce moment-là.

 

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(J'ai tenté pour vous de reproduire la scène afin que vous en saisissiez mieux l'intensité.)

 

 

Deux ans ont passé. Je ne comprends toujours pas.

 

Pays de dingues, va.

Par Kriek - Publié dans : Pays de dingues - Voir les 0 commentaires
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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 15:44

Pour trimballer sa viande dans Tôkyô, on a des jolis trains, beaucoup jolis même comme je l'ai souvent dit.

 

Climatisés, tout bien conçus pour se faire docilement amener au bureau et voyager tout empaqueté en faisant de gros câlins à des inconnus - généralement avant 9h30 et le soir.

Ou assis avec des gens qui roupillent tout le temps parce que mal réveillés / exténués / bourrés (barrez les mentions inutiles).

 

 

Mais contrepartie de tout ça, les jolis trains sont chers. Beaucoup chers.

Laissez-moi vous expliquer l'envers du décor.

 

D'abord c'est tarifé à la distance (voir ici pour plus d'explications).

Les compagnies les plus honnêtes (Tokyo Metro ou Japan Railways, par exemple) proposent des tarifs bien, mais qui reviennent, somme toute, quand même assez cher à la longue.

 

En revanche, les lignes de métro municipales dans tout le Japon, ainsi que les lignes de train qui ont le monopole de la zone qu'ils desservent, atteignent souvent les summums de foutage de gueule en matière de tarifs, en proposant souvent un tarif minimal à au moins 220¥ (1,85€) le ticket. Minimal car c'est le ticket qui vous permettra de faire seulement 3 ou 4 stations, au-delà le tarif augmente exponentiellement proportionnellement à la distance.

 

Maintenant, à Tôkyô, comptez la présence d'une dizaine de compagnies de chemin de fer et deux trois compagnies de métro (1) qui se partagent la région - compagnies entre lesquelles la correspondance n'est pas possible (il faut repayer plein pot presque à chaque fois) - on se doute que l'addition grimpe rapidement.

 

Et du fait de ce système tarifiaire, bah y'a pas vraiment d'abonnement de transports digne de ce nom qui permette de circuler librement dans un périmètre donné, comme c'est le cas à Paris - et, je suppose, dans le reste de la France.

 

 

Le truc qu'on a qui se rapproche le plus d'un abonnement de transport, c'est ce qu'on appelle le 通勤定期券 tsuukin-teikiken, ce qu'on pourrait traduire en français comme "ticket à durée limitée pour aller au travail".

 

C'est-à-dire, un gros ticket qui vous permettra, pour une somme forfaitaire, de circuler librement entre une station A et une station B,  selon un itinéraire unique (2) et complètement balisé : il sera écrit en grosses lettres sur la carte, par exemple, que l'abonnement est valable pour entrer à la station Bromure, changer à la station Sac à patates prendre une autre ligne, et sortir à la station Andouillette. Et inversement pour rentrer.

 

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Très cher, et tout juste avantageux sur le ticket à l'unité. Je paye 7200¥ - 62€ par mois pour parcourir seulement quelques stations, le prix que me coûterait une Carte Orange pour circuler dans tout Paris sur la même durée...

Dans un immense élan de générosité de la part des opérateurs, il est tout de même possible de descendre ou monter à n'importe quelle station sur l'itinéraire pour lequel vous avez payé, ce qui permet un peu de rentabilier l'investissement, surtout lorsque vous vivez loin du boulot et que vous avez payé votre carte une fortune. Mais pour tout le reste de vos déplacements, vous payez un billet à l'unité.

 

 

Mais pour contrebalancer un peu le système, on a inventé un outil bien pratique qu'est la carte à puce, ou IC Card (à prononcer aishii kâdo si vous voulez vous faire comprendre au Japon).

 

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Le nom diffère selon la compagnie qui l'emet (Pasmo ou Suica à Tokyo). Pratiquement toute région dotée d'un réseau de transport à grande échelle possède ce même genre de carte, avec un éventail infini de noms rigolos : Sapica à Sapporo, Toica à Nagoya, Icoca, Pitapa et Ci-Ca dans le Kansai, Paspy à Hiroshima, Sugoca à Fukuoka, etc, etc.

 

Que cet outil est formidable dans ce paysage de jungle ferroviaire. C'est tout simple. Ça fonctionne comme ce truc qu'on appelle Monéo en France, mais dans une version qui sert à quelque chose.

 

On charge de l'argent dessus à l'appareil automatique ou au guichet, 1000 ou 2000¥ par exemple, et quand on va quelque part, on passe juste la carte sur le portillon et le prix est débité automatiquement.

Ça ne rend pas les tarifs moins chers, mais ça permet tout au moins d'éviter les pénibles aller-retours au distributeur de tickets.

On peut s'en servir sur toutes les compagnies, pour prendre le bus, le tramway, et même pour faire de menus achats au conbini ou acheter des boissons.

Tokyo Metro (la principale compagnie de métro de Tôkyô) va même plus loin en proposant carrément un pass intégré dans une carte bleue, et qui débite toute seule sur votre compte quand vous n'avez plus de crédit.

 

On peut y intégrer un abonnement, dans quel cas il s'utilise bêtement comme un pass magnétique. Dans ce cas, c'est aussi pratique lorsque vous voyagez hors de votre zone d'abonnement.

 

Prenons pour ce faire un autre cas de figure : vous voulez voyager d'un point à un autre, mais en profitant de votre zone d'abonnement (vous êtes fou !).

 

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Si vous avez pris un ticket magnétique tout con, vous allez voyager dans votre "zone autorisée", et une fois arrivé à votre destination hors de cette zone, vous allez devoir passer au "Fare Adjustment", une machine installée à la sortie pour ceuxqui se sont gourrés de tarif. Ceci, pour régler le supplément. Chiatique. Si vous changez de compagnie en chemin, vous n'aurez pas forcément le réflexe de demander s'il y a un accord pour payer un tarif de correspondance et vous allez repayer un ticket plein pot.

Avec la carte, que nenni. Tout se calcule tout seul, et au meilleur tarif possible.

 

Bref elle est bien cette carte.

 

Pasmo, le gadget tout con qui vous rend la vie plus sympathique.

 

 

(1) Enfin, deux et demi, j'aurais honte de considérer Yurikamome et ses "trains pour nain" scandaleusement chers comme un système de transport.

(2) Normalement, car il est facilement possible d'y faire entorse si plusieurs lignes permettent de faire le même trajet, les contrôles étant quasi-inexistants.

Par Kriek - Publié dans : Transport - Voir les 0 commentaires
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Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 13:30

Une question récurrente qu'on me pose est : "Mais alors qu'est-ce que tu fous au Japon ?"

 

Pour ça, depuis mon arrivée et depuis que je comprends à peu près pourquoi je suis employé, je réponds la formule à l'emporte-pièce :

 

"Je bosse dans une école de français où je m'occupe de la gestion administrative et pédagogique d'un laboratoire de langues, dans lequel je donne aussi des cours."

Voilà.

 

Mais enfin, clarifions un peu.

 

Tout d'abord, je signale aux novices en la matière qu'un laboratoire de langues, ce n'est pas un vrai labo scientifique où pique des étudiants dans des cages pour voir si ça les fait mieux parler français, si ça les fait parler swahili à la place ou si ça leur file des boutons. (Quoique, ça serait rigolo aussi.)

C'est juste une salle avec des trucs pour enregistrer sa voix et des ordinateurs, où on bosse en auto-apprentissage pour s'exercer en dehors des cours. En gros.

 

Et j'ai mon laboratoire. Mon beau laboratoire pour moi tout seul.

 

 

À mon arrivée, c'était un nouveau service. On a imaginé tout un tas de trucs pour mettre dedans, des exercices et tout et tout, des ressources comme diraient les gens qui s'y connaissent, pour que les élèves les utilisent. 

 

On a commandé des exercices chez un éditeur pour créer nos propres ressources.

 

Note : On dit "nous avons démarché auprès de l'éditeur pour obtenir les droits sur les ressources, et nous allons recevoir les contrats" lors des réunions, mais en dehors de celles-ci, on dira "on a commandé des trucs chez l'autre éditeur là, pour les foutre sur les ordis de la salle, faudra signer un papier".

 

On en a aussi bricolé nous-mêmes, et réutilisé des vieux trucs qui ne servaient plus mais parfaitement utilisables pour un cours (extraits d'émissions de télé, de journaux télévisés, etc.).

 

Et enfin, on a commandé des licences d'un programme qui permet de travailler sa prononciation.

Pas tout à fait un truc comme Tell me more qui a un modèle qui parle et qu'on essaie d'imiter, et qui donne des notes selon la façon dont on prononce. C'est-à-dire, normalement, 1/10 quand on a prononcé une phrase parfaite, et le maximum des points quand on a dit "Tu m'emmerdes avec ton programme de con, putain chié" à chaque fois. (Quand ça marche bien.)

 

Non, là le programme ne fait aucune correction de ce genre. L'élève imite aussi un modèle qui parle, mais quand l'élève parle dans le micro, il entend sa voix dans le casque en synchronisation, amplifiée et avec une fréquence modifiée pour coller avec celle de la langue française. Pas inintéressant comme concept.

 

La mise en place administrative du laboratoire, ça peut se résumer à ces questions :

- Comment ça va fonctionner ce truc ?

- À quelles heures on ouvre la salle ?

- Combien on fait payer les étudiants ?

- Qui va s'en occuper ?

- Qui téléphone à l'éditeur ?

- Comment on gère la campagne de promo pour que les étudiants sachent que ça existe ?

- Ça aurait pas été plus simple si on s'y était pris comme ça depuis le début ?

- Pourquoi tu dis que j'ai l'air fatigué ?

- Où est-ce qu'on va bouffer ce midi ?

- Etc., etc.

 

Tout ça pour dire que c'était enrichissant, et que c'était un sacré challenge sachant que les délais étaient très serrés.

Sauf que, comme tout projet qui a l'air très bien parti et est parfaitement sur les rails, tout capote suite à des contretemps auxquels on ne peut rien (entre autres, le séisme). Du coup, on improvise, et finalement on a décidé de n'ouvrir le laboratoire que pour travailler avec le logiciel de prononciation, et de rajouter les autres ressources plus tard. Et ça a marché.

 

Animer ce laboratoire est donc mon principal travail à l'heure actuelle.

Les étudiants sont faciles à décrire. Environ 75% de femmes, mais quelques hommes quand même. Pour beaucoup sans doute au foyer, ou retraités. Peu de personnes de moins de 40 ans, et encore moins de moins de 30. L'apprentissage des langues est plutôt un loisir au Japon.

Mais même avec ce public, ça ne veut pas dire qu'on s'ennuie.

 

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Une heure dans le laboratoire se décompose comme suit :

 

  • Je suis dans mon grand laboratoire pour moi tout seul, donc, propre comme une suite au Ritz (pour foutre un peu la paix aux Suisses pour une fois), dans lequel je me sens comme à la maison. Je nettoie bien consciencieusement le tableau blanc, je brique les tables, j'aère, je jongle avec les feutres et je joue au FreeCell. D'ailleurs j'y viens souvent lorsqu'aucun prof ne l'utilise, c'est plus confortable que mon bureau (minuscule, coincé entre une armoire, un mur et une fenêtre, et encombré de papiers et de livres en tous genres).

 

  • Quand soudain, l'heure d'ouverture approche. Je prépare le matériel, en sortant pour chaque poste les claviers, les souris, les casques-micro et la documentation, posés bien propres sur la table. Les étudiants se pointent. Ils ont une carte à points que je dois valider à l'entrée. Ils s'installent à leur poste et lancent leur programme.

 

  • Là, c'est la partie rigolote : pour se caler dans la fréquence de la langue française, les étudiants écoutent de la musique, huit minutes. Un assortiment de trucs pré-enregistrés, pas très intéressant, mais qui permet efficacement de ne penser à rien et de laisser les oreilles et le cerveau s'habituer. Pendant ce temps, un diaporama de jolies photos défile à l'écran. D'un point de vue scientifique, je ne sais pas si c'est efficace, mais tout au moins ça leur permet d'être plus détendus pour la suite, ce qui n'est pas plus mal.

 

  • Normalement, la phase d'écoute comme on dit, dure 15 minutes. Un gros chouïa trop long alors que les étudiants viennent pour une heure ou deux, donc je réduis à 8 minutes que je chronomètre. Les réactions sont amusantes à voir. La majorité regardent l'écran sans bouger d'un pouce, comme un chat devant un aquarium. D'autres lisent la notice en même temps, d'autres prennent des notes, on se demande bien de quoi... Quelques-uns (surtout des personnes âgées) chantonnent en même temps, tapent du pied, ou poussent des "aah" et des "ooh" en voyant les photos.
    Sans bien sûr compter ceux qui piquent du nez.

 

  • À partir de là, je vais les voir individuellement pour leur indiquer les exercices de phonétique à réaliser pour l'heure (il y a des listes prédéfinies qu'on a conçues pour leur éviter de tourner en rond). Et généralement, ça se passe bien. Je passe dans les rangs, je corrige lorsque j'entends des phrases complètement incompréhensibles, et je fais des gros compliments lorsque l'étudiant se débrouille comme un chef : Ouh c'est bien ! Eh ben c'est parfait ! Ah ben voilà ! (En revanche, jamais Oh yeah rock'n'roll baby).
    Les phrases ne veulent pas dire grand chose mais font travailler efficacement la phonétique. Certains veulent quand même des explications sur le vocabulaire, que je leur donne et qui les amusent généralement beaucoup.
    Quelquefois, il y a des virelangues pour rigoler un peu. J'avoue sadiquement prendre mon pied sur des phrases comme "si 6 scies scient 6 cyprès, 606 scies scient 606 cyprès" ou "Natacha n'attacha pas le chat Pacha qui s'échappa" sur lesquelles les étudiants s'acharnent généralement avec beaucoup d'ardeur.

 

  • En deuxième partie, on fait les exercices généraux : des phrases utiles autour de toutes sortes de thèmes (l'hôtellerie, les sorties, le téléphone, le voyage, les slips, etc.), sur lesquels on reproduit le même entraînement. C'est l'occasion pour les étudiants de me poser plein de questions de vocabulaire et de grammaire. J'aime bien ces moments-là.

 

  • À la fin, on leur fait faire un petit test d'écoute : ils entendent un mot ou une phrase et ils doivent sélectionner ce qu'ils ont entendu parmi des propositions. Parfois, c'est bien calé et ça met en échec même les plus expérimentés : la plupart des Japonais ont énormément de mal avec ou / u (au-dessous / au-dessus), les voyelles ouvertes et fermées (pomme / paume) ou les nasales (franc / frein / front).
    Mais contrairement à la croyance populaire (et à ce que je croyais jusqu'à récemment), ils n'ont plus trop de difficulté à distinguer b et v, sauf pour les anciennes générations qui n'ont jamais étudié l'anglais.

 

  • Enfin, quand c'est l'heure, ils s'en vont bien sagement. Certains font un peu de caprices pour s'éterniser, mais c'est rare. À l'occasion de la fin de l'heure, on discute souvent plus informellement pour faire plus ample connaissance, et ça me conforte dans l'idée que sous des aspects un peu rudes, les Japonais sont dans leur immense majorité les gens les plus adorables et les plus attachants qui soient.

 

Bref, je l'aime, mon labo.

Par Kriek - Publié dans : Travail - Voir les 2 commentaires
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